Olivier Janoray, avocat à la Cour et Jérôme Bernecoli, notaire, membres du Cercle des fiscalistes
Tribune publiée dans l’AGEFI actifs, le 28 octobre 2026
Une plus-value jamais encaissée, taxée le jour où l’on transmet son entreprise : l’article 5 du projet de loi de finances pour 2027 fait d’une mesure anti-abus un impôt sur la transmission.
En 2012, le législateur entend mettre fin à un montage précis : l’apport de titres à une holding contrôlée, suivi de leur cession quasi immédiate en franchise d’impôt. Le remède retenu, le report d’imposition, est pourtant appliqué sans distinction à tous les apports, y compris à ceux qui ne s’inscrivent dans aucun projet de cession (i.e., la simple réorganisation de la détention d’une entreprise familiale). Ce défaut de ciblage est resté sans conséquence tant que le report s’éteignait au décès ou suivait les titres donnés. En faisant de la transmission un fait générateur, l’article 5 en fait un impôt sur les transmissions familiales.
Les débats récurrents sur la remise en cause du régime Dutreil ignorent les leçons de l’histoire. L’alourdissement des droits de succession a, par le passé, provoqué la vente massive d’entreprises familiales à des groupes étrangers, accélérant la désindustrialisation et la perte de souveraineté économique. Maintenir ce régime, c’est préserver la transmission et la pérennité du tissu entrepreneurial français.
Corinne Caraux et Jean-Yves Mercier, membres du Cercle des fiscalistes, jugent problématique l’analyse de la Cour des Comptes sur le Pacte Dutreil, tant au niveau du diagnostic que dans la nature des préconisations.
Le Pacte Dutreil, souvent présenté comme une dépense fiscale excessive, est en réalité un outil essentiel à la transmission des entreprises familiales. Jean-François Desbuquois démontre qu’affaiblir ce dispositif mettrait en danger l’emploi, le tissu économique territorial et même la souveraineté nationale. Une analyse clé pour comprendre les véritables enjeux derrière ce mécanisme stratégique.
À l’approche des échéances électorales majeures de 2027, la fiscalité s’impose plus que jamais comme un sujet central du débat public.
C'est dans ce contexte que le Cercle des fiscalistes organisera, le jeudi 5 novembre, à La Maison du Barreau de Paris, la première édition de son Congrès intitulé « La fiscalité au service de la croissance ».