Un Etat schizophrène

Publié le 7/12/2017

Parmi les objectifs assignés par Emmanuel Macron à la loi de finances pour 2018, figure en bonne place le désir de relancer l’investissement productif. Pour y parvenir, le Gouvernement propose deux dispositifs. Le premier vise à moins taxer l’épargne en instituant une flat tax à 30% ; le second à orienter l’épargne vers les actions, en substituant l’IFI à l’ISF. Il est malheureusement à craindre que les moyens mis à disposition de ce dernier dispositif ne soient pas à la hauteur des enjeux.

On ne peut que saluer la création d’une flat tax en lieu et place d’une taxation de l’épargne (revenus et plus-values) au barème de l’impôt sur le revenu. Elle a le mérite d’une apparente simplicité et de revenir à des taux d’imposition raisonnables, proches de ceux d’avant crise de 2009.

Mais la création de l’IFI, en ne taxant que l’immobilier, ne permettra pas d’orienter massivement l’épargne vers les actions. D’abord parce que l’immobilier n’est pas plus taxé à l’IFI qu’il ne l’était à l’ISF ; ensuite, parce que dans l’inconscient collectif, l’immobilier est plus sécurisant que les actions ; enfin, parce que son rendement est bien supérieur à celui des placements financiers sans risque.

Mais surtout parce qu’une majeure partie de l’épargne financière des français est placée en assurance-vie (1600 Miards d’euros) dont 80% en fonds euro, essentiellement investis en obligations d’Etat et seulement 20% en unités de compte, donc potentiellement en actions. Or, aucune mesure n’a été prévue dans la loi de finances pour inciter les détenteurs de contrats d’assurance-vie à migrer une partie de leur épargne placée en fonds euro vers les actions. Ni carotte, ni bâton.

Une des explications à cette absence réside probablement dans le fait que l’Etat est schizophrène en la matière. D’un côté il promeut l’investissement productif, donc l’épargne investie en actions ; d’un autre côté, il pense au refinancement de sa dette et ne souhaite donc pas trop vider le fonds euro de son contenu.

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