Le gouvernement navigue à vue

Publié le 16/10/2010

Alors qu’il y a un an, le gouvernement se focalisait sur la relance de l’économie, la crise grecque a inversé l’ordre des priorités et remis au centre des préoccupations la diminution de nos déficits. Dans un premier temps, il s’est donc attelé à donner des gages de bonne conduite aux marchés financiers en réduisant ses dépenses (réforme des retraites, diminution du train de vie de l’Etat…). Mais ces mesures sont insuffisantes. D’où la nécessité de recourir à une augmentation des recettes, autant dire une hausse des impôts. C’est dans ce contexte qu’a été présenté le budget 2011 qui navigue entre le maintien des conditions nécessaires à un retour de la croissance, et la volonté de rassurer les marchés sur notre résolution à diminuer nos déficits.

Pour ce qui est des ménages, même s’il s’en défend, ce budget augmente les impôts des contribuables les plus aisés par sa principale mesure : le rabotage des niches fiscales. Car ce mécanisme concerne par définition les foyers qui paient l’impôt sur le revenu, c’est-à-dire un sur deux, et parmi eux, ceux qui ont recours aux niches, en l’occurrence les plus aisés. Mais le résultat ne fait que réduire notre déficit de 8 à 6% du PIB. Et après ? De nouvelles exigences surgiront. Il faudra retrouver l’équilibre budgétaire puis nettoyer le stock de dettes accumulées. En définitive, le budget 2011 n’est qu’un ersatz de budget de rigueur : juste quelques hausses d’impôts ciblées, pour des raisons probablement électorales, sur les ménages les plus aisés. Rien à côté de ce qui nous attend de manière inéluctable : une hausse forte et généralisée de la pression fiscale initiée au sein d’une réforme profonde de notre système fiscal à bout de souffle.

Une telle refonte devrait s’articuler autour de principes tels que l’efficacité de l’impôt, son équité et sa simplicité, et de valeurs telles que la revalorisation du travail, l’égalité des chances et le mérite. Cela passe par un rééquilibrage de l’imposition entre capital et travail, avec certainement une fusion IR/CSG et l’instauration d’une tranche nouvelle pour les revenus très élevés ; une suppression de l’ISF et son corollaire, le bouclier fiscal ; une augmentation des droits de succession, condition nécessaire à une vision dynamique et équitable de la société. Une réforme de grande ampleur qui suppose une longue maturation, une maïeutique collective et une pédagogie publique.

Source : article paru dans Le Monde, le 16 octobre 2010

  • Partager
Pour aller plus loin :
Généralités

Attention aux nouvelles règles d’évaluation de l’IFI

Il ne sera pas possible de se contenter de procéder à une simple actualisation de la valeur des biens immobiliers dans sa déclaration. Les redevables de l’IFI doivent prendre rapidement conscience de la nécessité d’appliquer cette nouvelle méthode d’évaluation

Généralités

Le talon d’Achille de la gestion de patrimoine

La difficulté du business model de la gestion de patrimoine découle du fait que ces trois champs de réelle valeur ajoutée pour les épargnants génèrent des revenus principalement symboliques pour les conseillers patrimoniaux. Inversement, la gestion des actifs souscrits va s’accompagner d’une rémunération particulièrement significative et, qui plus est, récurrente en l’absence, pour l’essentiel, d’une véritable valeur ajoutée : le porte-à-faux est parfait.

Généralités

Imposition des ménages : une hausse rampante et masquée

LA LOI DE FINANCES 2024 a prévu, comme chaque année au cours de la période récente, d’indexer les tranches de revenus du barème de l’impôt sur le revenu (IR) sur la prévision d’évolution de l’indice des prix à la consommation hors tabac de 2023 par rapport à 2022, soit 4,8%. Selon l’exposé des motifs de la loi, « ces dispositions permettront de neutraliser les effets de l’inflation sur le niveau d’imposition des ménages ».


Les Rencontres de la Fiscalité

3ème édition

INSCRIPTION